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Retraite : le changement, c’est pour plus tard !

Lors de son discours de campagne au Bourget, en janvier 2012, François Hollande disait : « je ne veux être jugé que sur un objectif : (…) est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu'en 2012 ? ». Sous la bannière du « changement », il plaçait ainsi l'ensemble de son programme dans une logique de préparation de l'avenir.

Malheureusement, la « réforme » annoncée pour notre système de retraite montre, une fois de plus, que ce gouvernement est avant tout marqué par l'immobilisme. Pire, en repoussant les réformes nécessaires, faute de courage, il inflige aux plus jeunes générations une double peine, celle du poids des dettes qui n'auront pas été résorbées et celle des décisions difficiles qui n'auront pas été prises à temps.

Ce que le gouvernement annonce comme une réforme du système de retraite n’est qu’un ensemble de réglages destiné à renflouer temporairement les caisses de notre régime de retraite. Basé sur un système par répartition, il s’appuie sur trois principaux paramètres : le taux de cotisation, la durée de cotisation et l’âge légal de départ à la retraite. Le gouvernement refuse de reculer l'âge légal de départ à la retraite, par pure idéologie, mais prévoit une augmentation de la durée de cotisation (plus un trimestre par an de 2020 à 2035) et des taux de cotisation (plus 0,3 % d'ici 2017). Il prévoit également de créer un compte pénibilité (pour 10 trimestres cotisés dans des conditions de travail difficiles, un trimestre offert), de taxer les majorations de pension attribuées en fonction du nombre d'enfants et de retarder de six mois la revalorisation des pensions.

Ces mesures s'inscrivent dans une suite de pseudo réformes successives (la 5e en 20 ans !), qui ont toutes suivi une même recette :

  • ne pas toucher aux régimes, dont le déficit est pourtant colossal et l’injustice criante
  • préserver son système par répartition pour préserver le niveau de vie des retraités
  • modifier ses paramètres en s'appuyant sur des prévisions très optimistes

Ce que prévoit le gouvernement actuel reprend très exactement cette recette, dont on connaît le succès, en fondant ses calculs sur des hypothèses irréalistes : une croissance de 1,6 % par an d'ici 2020, avec un taux de chômage à long terme de 4,5 % (taux qui n'a pas été atteint depuis les années 1980 !). Chacune de ces réformes étaient censées équilibrer notre système pour longtemps. Cependant, loin de s’arrêter, la fréquence de ces corrections ne cesse d'augmenter (1993, 2003, 2007, 2010, 2013), preuve s'il en faut que notre système actuel est à bout de souffle.

Et pourtant, François Hollande avait toutes les cartes en main pour préparer une véritable réforme. Les mesures prises en 2010 s’étaient accompagnées, à droite comme à gauche, d'engagements pour une réforme en profondeur en 2013. L'opinion publique s'était préparée à un changement important. Enfin, la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, présidée par les socialistes, s'est positionnée fin 2012 pour une remise à plat de notre système et l’adoption d’un système de répartition par point. Malheureusement, le manque de courage et les calculs politiciens ont pris le pas sur une réforme pourtant essentielle pour l'avenir de notre société.

En la matière, les centristes ont affiché une position claire et constante en faveur d’une réforme ambitieuse capable de répondre aux principes qui devraient être au cœur de notre système de retraite :

  • Le principe de solidarité intergénérationnelle, qui implique de ne pas rompre le lien de solidarité entre la génération des actifs et celle des retraités (ce qui serait le cas, par exemple, avec un système par capitalisation) mais qui nécessite un rééquilibrage des charges supportées par les différentes générations (le système par répartition a été créé lorsqu’il y avait 4 actifs pour 1 retraité, aujourd’hui il n’y a plus que 1,4 actif pour 1 retraité).
  • Le principe de responsabilité, qui implique une réforme sérieuse assurant la viabilisation de notre système de retraite à moyen et long terme. Or les systèmes par point ou par compte notionnel sont les seuls à offrir la souplesse nécessaire pour préserver durablement l’équilibre du régime de retraite. Le système par point est d’ores et déjà utilisé par les caisses de retraite complémentaire (ARCCO, AGIRC).
  • Le principe de justice implique de supprimer les régimes spéciaux et de ne plus faire dépendre le financement des pensions des équilibres démographiques (système par répartition, dans lequel les actifs cotisent plus lorsque la proportion des retraités augmentent).

François Hollande peut aujourd’hui se satisfaire d’avoir, une nouvelle fois, veillé à ne froisser aucun des principaux groupes de pression. Mais aura-t-il le courage d’annoncer à des jeunes auxquels il était censé dédier son mandat, à ces jeunes au niveau de vie très inférieur à celui des retraités, à ces jeunes qui sont les premières victimes du chômage et dont l’âge du premier contrat stable (donc des premières cotisations retraite) ne cesse de reculer, que non seulement ils devront cotiser plus et plus longtemps, mais qu’ils devront également supporter le poids des déficits auquel nous n’avons pas eu le courage de mettre un terme et qu’il leur appartiendra, in fine, de prendre les mesures que l’on a pas eu le courage de prendre, mesures rendues plus douloureuses encore par l’urgence dans laquelle ils se trouveront ?

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