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Tribune de Jean-Louis Borloo et Jean Arthuis : Osons l'Europe politique!

La commémoration du 50e anniversaire du traité de l’Elysée ne doit pas dissimuler le malaise profond dont souffre ces derniers temps la relation franco-allemande. L’échec de projets industriels majeurs comme la fusion avortée entre Eads et Bae ou l’arrêt de la coopération entre Siemens et Areva ont laissé des traces dans une période où nos deux pays empruntent des chemins souvent divergents, en particulier sur le terrain de la compétitivité et de l’emploi. Le grand écart permanent auxquels se livrent la France tournée vers le sud et l’Allemagne de plus en plus attirée vers l’Est ne doit pas vider de sa substance une amitié franco-allemande consubstantielle de la construction européenne.

50 ans après la réconciliation historique consacrée par le traité de l’Elysée, le temps est venu d’ouvrir un nouveau chapitre de notre relation, en faisant preuve d’autant d’audace et d’esprit visionnaire que Robert Schuman, le Chancelier Adenauer, le Général de Gaulle… en leur temps. Le traité de l’Elysée a vécu. Vive un nouveau traité pour donner un coup d’accélérateur à une intégration franco-allemande qui puisse préfigurer l’Europe politique pour laquelle nous militons de toutes nos forces !

Ce nouveau traité de l’Elysée, nous l’appelons de nos vœux pour porter des projets concrets en particulier en matière de coopération industrielle, de fiscalité mais aussi et bien sûr de culture et de citoyenneté. Il devrait encourager les initiatives qui émergent de la société civile et du monde économique. C’est ainsi que nous sortirons la coopération franco-allemande des sentiers battus, quitte à bousculer les habitudes.

Nous plaidons pour un renforcement délibéré d’entreprises communes. Unissons nos efforts d’investissements afin de permettre à toujours plus d’entreprises de nos deux pays de s’imposer à l’échelle mondiale.

La convergence franco-allemande suppose évidemment de définir des règles du jeu similaires pour nos entreprises de chaque côté du Rhin. C’est pourquoi nous proposons que le nouveau traité jette les bases d’une union fiscale franco-allemande dont le point de départ serait la fiscalité des entreprises, en commençant par la fixation d’assiettes communes d’imposition. En définissant un objectif, une méthode et un calendrier, l’union fiscale franco-allemande pourrait servir de modèle à une union fiscale européenne seule à même d’enrayer la spirale infernale d’une concurrence fiscale intra-européenne incompatible avec le bon fonctionnement du marché unique.

Mais la relation franco-allemande, c’est avant tout l’amitié entre deux peuples et l’approfondissement des échanges culturels et linguistiques, à l’instar des jumelages de villes et d’écoles et du service civil franco-allemand qu’il faut développer davantage. C’est aussi le succès d’Arte qui offre une tribune exceptionnelle pour la création audiovisuelle européenne; la programmation de grande qualité de la chaîne franco-allemande s’est révélée à la hauteur de ce que le public est en droit d’attendre d’un grand service public européen de la télévision. Fort ce cela, il faut aujourd’hui franchir une nouvelle étape dans le développement d’Arte en en faisant la chaîne du service public européen, financée pas seulement pas la France et l’Allemagne mais aussi par le budget de l’Union européenne.

C’est ainsi que l’on remettra vraiment le couple franco-allemand au service de la construction d’une Europe ancrée dans le nouveau monde qui se dessine sous nos yeux et que l’on donnera envie à ses jeunes citoyens de s’approprier cette euro-nationalité. Tel le Général de Gaulle parlant hier d’enfants d’un grand peuple, nous parlerons alors ‘’d’enfants d’une grande Europe’’.

Membres fondateurs de l’UDI, nous avons l’Europe chevillée au cœur. L’UDI est le seul parti de gouvernement à ne pas être divisé sur le sujet européen, lequel fait partie de notre ADN politique. Il est vrai que nous sommes les petits-enfants des Pères fondateurs, ces chrétiens-démocrates issus de notre famille politique, et qu’il nous appartient d’inventer à notre tour l’Europe des cinquante prochaines années. Nous ne sommes ni des eurobéats ni des eurosceptiques : nous avons simplement la conviction que l’Europe est notre seul horizon politique dans la mondialisation ; cette intime conviction que faire l’Europe est devenu une question existentielle si nous voulons que notre voix pèse dans le monde nouveau qui émerge. Et c’est parce que nous sommes profondément Européens que nous revendiquons aussi un droit d’inventaire pour stopper les dérives d’une Europe que beaucoup de Français ne perçoivent plus que comme une technostructure supplémentaire, complexe, distante et arbitraire, alors que nous devrions la vivre collectivement comme une ambition. Et cette ambition, elle appelle à la cohérence, à l’exigence mais aussi à la confiance.

D’abord soyons cohérents. Chacun reconnaît aujourd’hui la fin du monopole de l’occident sur les affaires de la planète et la réalité d’un monde multipolaire qui s’organise autour de grandes puissances régionales. La cohérence, c’est d’accepter de mettre au pot commun des instruments de notre souveraineté nationale pour construire ensemble une nouvelle souveraineté européenne tangible et influente dans le jeu des puissances mondiales. La cohérence, c’est la voie d’un fédéralisme européen puissant pour défendre nos valeurs et nos intérêts. Seuls nous avons l’illusion de notre souveraineté ; ensemble nous aurons les preuves de notre influence. Commençons notre chemin fédéral avec les pays membres de la zone euro en mettant en place un véritable gouvernement économique, financier et budgétaire de l’Union pour engager une union fiscale européenne et une convergence des politiques sociales nationales en les tirant vers le haut. Faisons de la zone euro le laboratoire de l’Europe politique. C’est à cette condition que l’Europe pourra devenir première puissance mondiale.

A cette cohérence, nous ajoutons l’exigence. Et d’abord une exigence démocratique car il ne saurait y avoir d’intégration politique supplémentaire sans une démocratisation renforcée. C’est pourquoi nous prenons l’engagement qu’en 2014, l’UDI ne présentera aux élections européennes que des candidates et des candidats investis pour leurs convictions européennes et leurs compétences et seulement pour cela. Chacun a bien conscience que la construction européenne ne peut se poursuivre sans une adhésion renouvelée des peuples qui expriment le besoin de s’approprier une Europe qui trop souvent leur échappe. L’Union européenne n’est pas moins légitime que les Etats qui la composent mais elle souffre terriblement d’un manque d’incarnation et de leadership. Nous proposons qu’il n’y ait plus deux, trois, quatre ou cinq simili présidents de l’Europe comme c’est le cas aujourd’hui mais un seul et vrai Président qui soit à la fois à la tête du Conseil européen et de la Commission européenne. Et pour être totalement légitime, ce Président européen unique devrait être investi par un Congrès des peuples d’Europe – composé des députés européens et de représentants des Parlements nationaux – dont le siège serait à Strasbourg et devant lequel il prononcerait chaque année un discours sur l’état de l’Union.

Cohérence, exigence mais aussi et surtout, confiance. Oui, l’Europe reste pour nous la plus belle aventure politique des temps modernes, le seul exemple connu d’une union d’Etats et de peuples qui n’ait pas été réalisée par la force, mais par le droit. L’attribution à l’Union européenne du Prix Nobel de la Paix est à cet égard la plus belle reconnaissance de l’œuvre accomplie. C’est précisément pour cela que l’Europe doit impérativement et rapidement se mobiliser pour soutenir les valeurs de liberté et de démocratie menacées de mort au Mali, dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest. Elle ne doit pas manquer son rendez-vous avec l’Afrique, riche de sa jeunesse, de ses cultures, et de ses ressources naturelles exceptionnelles. Lançons de grands partenariats entre l’Europe et l’Afrique et pour les construire demandons à l’Europe d’être aussi en première ligne quand la Défense de ce continent est en danger.

Depuis soixante ans, l’Europe a toujours agi comme force de progrès et de liberté dans ses domaines de compétence. Des « petits pas » pour Jean Monnet mais un pas de géant pour tous ces Européens qui ont vu chez eux s’installer la paix durablement ; l’Europe a aussi rendu possible l’autosuffisance alimentaire d’un continent dévasté ; elle agit au premier plan pour la défense de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique ; elle est le premier pourvoyeur mondial d’aide au développement. Pour assumer durablement et effectivement cette mission vitale qui conditionne l’équilibre du monde, elle devra sans attendre réconcilier sur son territoire les attentes des consommateurs et la compétitivité de tous ceux qui travaillent et produisent. C’est dire l’urgence d’un pilotage politique faisant la juste part entre la protection des intérêts vitaux et l’ouverture à la concurrence internationale. Il importe de donner à l’Europe les moyens de son ambition.

« Les hommes politiques pensent à la prochaine élection quand les hommes d’Etat pensent à la prochaine génération » faisait si justement remarquer l’Italien Alcide de Gasperi au lendemain de la guerre. C’est parce que nous pensons aux générations futures que nous sommes les activateurs de l’Union Européenne. Arrêtons de regarder vers le passé, le futur, c’est notre Jeunesse, et c’est aujourd’hui !

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