Les effets de la crise que traverse notre pays se font ressentir partout.
Notre tissu économique est fragilisé et l'anxiété gagne les esprits de nos habitants, inquiets de voir l'activité stagner, pour ne pas dire régresser.
Le secteur des collectivités territoriales n'échappe pas non plus à la crise des finances publiques. Elle prend pour lui des formes diverses : diminution des dotations de l'Etat, menaces sur les financements bancaires, perte d'autonomie fiscale, augmentation des charges à caractère social…
Toutes les collectivités sont touchées : les communes et leurs intercommunalités, les départements, les régions et, avec elles, tout le secteur de l'économie sociale et solidaire, partiellement financé par le secteur public.
Cette situation, inédite par son ampleur, est malheureusement appelée à durer. Si la situation budgétaire des collectivités territoriales est globalement saine, l'endettement de l'Etat est considérable et il lui faudra plusieurs années pour résorber ses déficits et alléger sa dette. Dans le même temps, les remèdes apportés par le pouvoir semblent délivrés à dose homéopathique...
Dans ces conditions, il est difficile d'être optimiste et il est impossible de miser sur une embellie avant plusieurs années.
Face à cette situation nouvelle qui limite les moyens d'intervention de nos collectivités, deux attitudes sont possibles : celle qui consiste à faire le "dos rond", à subir la crise du moment en attendant des jours meilleurs.
Il y a, à l'opposé, une autre attitude : celle qui consiste à profiter de la crise pour remettre à plat nos modes de fonctionnement et pour rechercher de nouvelles échelles de gouvernance et de gestion de nos territoires.
Cette période de crise révèle en effet les faiblesses de notre pays, plombé par le poids des dépenses publiques, d'une part, et ralenti, d'autre part, par une organisation territoriale et administrative trop lourde qu'illustrent la multiplicité des structures et la dispersion des acteurs. En période de crise, le "millefeuille" administratif français devient bien indigeste…
Cette situation n'est pourtant pas une fatalité.
Le maire de Lyon l'a compris en engageant – c'est une première en France – la transformation du Grand Lyon en une métropole, exerçant à la fois les compétences du conseil général et celles de l'agglomération actuelle et capable, dans la compétition des territoires à l'échelle de notre continent, de rivaliser avec les plus grandes métropoles européennes.
La région Alsace a également décidé d'innover : elle s'apprête à fusionner avec les deux départements qui la composent (Bas-Rhin et Haut-Rhin) pour former une entité administrative unique, à la fois puissante et capable de relever les défis de l'avenir.
Ailleurs encore, en Lorraine, en Pays de Loire, en Bretagne, en Normandie, en Midi-Pyrénées, des pôles métropolitains voient le jour afin de tirer profit du phénomène de métropolisation qui bouleverse l'aménagement du territoire.
Tous ces territoires, tantôt dominés par la gauche, tantôt dominés par la droite, sont en train de prendre leur destin en main.
Dans ce contexte, notre région est aujourd'hui à la croisée des chemins.
La création d'un pôle métropolitain autour de Reims est un objectif poursuivi par dix agglomérations de Picardie et de Champagne-Ardenne à l'issue d'un travail commun. Ce doit être aussi une réponse à la crise que nous traversons, une crise à la fois démographique et économique qui commande une réaction collective.
Cette réponse ne doit pas être la seule. Partout, dans chaque bassin de vie, nos collectivités doivent s'unir et mutualiser leurs moyens pour être plus efficaces. A chaque fois que cela est possible nos intercommunalités doivent se rapprocher pour préserver leurs capacités d'investissement et donner ainsi plus de force à nos territoires.
Il n'est plus possible de jouer au "chacun pour soi", de s'abriter derrière nos découpages administratifs pour refuser de travailler les uns avec les autres. Ne nous y trompons pas : l'immobilisme, c'est aujourd'hui le déclin assuré.
Le territoire de notre pôle métropolitain correspond aux flux démographiques et économiques repérés tant par l'INSEE que par la DATAR. Il correspond au territoire vécu par de très nombreux habitants et par les principaux acteurs de notre région.
Forts de ces constats, persuadés de la pertinence de notre démarche et conscients de la réalité de ce bassin de vie peuplé d'un million d'habitants, il nous faut maintenant bâtir ce nouvel espace de coopération, au service du développement économique et humain de notre territoire.
Si nous n'avions pas le courage de le faire, nous deviendrions un "trou noir", situé entre le Grand Paris et les alliances nouées entre, d'une part, Metz et Nancy et, d'autre part, Strasbourg et Mulhouse. Nous ne pourrions plus alors influer sur notre destin car nous nous contenterions de subir les choix d'autres territoires mieux organisés.
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